Réussir l’orientation des élèves à besoins éducatifs particuliers

Publication : 12 octobre 2021

L’école étant par définition inclusive, l’enjeu est de construire collectivement des réponses à des situations spécifiques : élèves en situation de handicap et/ou malades, rencontrant des problèmes d’apprentissage ou d’adaptation, à haut potentiel, en difficulté sociale, incarcérés, nouvellement arrivés en France, itinérants, etc. De nombreux dispositifs, outils et démarches existent pour répondre à leurs besoins. Accompagner leur orientation relève de cette double inscription dans le droit commun, mais aussi dans la mise en œuvre d’un accueil et d’un accompagnement adaptés pour garantir l’égalité des chances.

Anticiper, prendre le temps nécessaire

Plus encore que pour les autres, l’orientation des élèves à besoins éducatifs particuliers nécessite d’être anticipée afin d’identifier et de prendre en compte les contraintes, mais aussi toutes les opportunités. Connaître la multiplicité des interlocuteurs, des démarches et des dispositifs pour ensuite les contacter ou les activer, cela prend du temps.

Pour le handicap, par exemple, la CDAPH (Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées) qui siège à la MDPH (maison départementale des personnes handicapées) est un acteur incontournable. La coordination avec des intervenants extérieurs au système éducatif ou la mise en place de "compensations" (aides financières compensant la perte d’autonomie) peuvent rendre les démarches longues et complexes. Le parcours de l’élève doit donc être pensé bien en amont des procédures d’orientation, notamment lors des réunions de l’équipe de suivi de la scolarisation. Les rôles joués par le professeur principal, le coordinateur d’Ulis (unité localisée pour l'inclusion scolaire), le psychologue de l’Éducation nationale et l’AESH (accompagnant de l’élève en situation de handicap), en lien avec l’enseignant référent de l’élève, sont primordiaux. Chargé du suivi du PPS (projet personnalisé de scolarisation), l’AESH peut être sollicité en qualité de personnel-ressource par les équipes éducatives.

Des plans, des dispositifs

Différents plans tiennent compte des besoins éducatifs particuliers et offrent un cadre à leur accompagnement. Le PPRE (programme personnalisé de réussite éducative), le PAP (plan d’accompagnement personnalisé), le PAI (projet d’accueil individualisé) et le PPS pour les élèves en situation de handicap sont complétés depuis la rentrée 2021 par le livret de parcours inclusif (voir "Pour aller plus loin"). Tous permettent la mise en place d’aménagements et d’adaptations par les équipes éducatives.

Des dispositifs spécifiques viennent en appui à la scolarisation, selon les besoins des élèves : enseignement adapté dans les Segpa (sections d’enseignement général et professionnel adapté) et les Erea (établissements régionaux d’enseignement adapté) pour les élèves en difficulté scolaire ; Ulis (en école, au collège et au lycée) pour les élèves en situation de handicap, sur décision de la CDAPH ; UPE2A (unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants). Si un parcours en Segpa ou avec un dispositif Ulis s’inscrit généralement dans la durée, le passage d’un élève en UPE2A est transitoire.

Les durées de formation peuvent être adaptées. Ainsi, depuis la rentrée 2019, le CAP peut être préparé en 1, 2 ou 3 ans. Cela permet de tenir compte des profils et des rythmes d’apprentissage des élèves, avec des modalités pédagogiques adaptées, sans abaisser le niveau requis pour obtenir le diplôme. Des attestations de compétences professionnelles peuvent, par ailleurs, être délivrées lorsque le jeune n’a pas la capacité de passer toutes les épreuves de l’examen.
Enfin, la découverte des secteurs professionnels et des métiers englobe plus de paramètres pour un jeune en situation de handicap. Là encore, du temps est nécessaire pour explorer, tester, confirmer ou infirmer des choix.

Un accompagnement dès la 3e

L’accompagnement à l’orientation au cours des années collège et lycée permet de développer une capacité de recherche, d’analyse et d’exploitation de l’information afin de rendre l’élève acteur de son orientation et de limiter les phénomènes d’autocensure. La conscience des besoins spécifiques et les représentations qui y sont associées ont un impact, sur le jeune comme sur ses interlocuteurs, qui ne doit pas être sous-estimé.

L’orientation des élèves en situation de handicap relève, d’une part, des décisions de la CDAPH, d’autre part, des procédures d’affectation des services académiques. Toutefois, elle répond aux mêmes exigences que pour les autres élèves : approche des métiers, lien avec les compétences personnelles, travail sur les représentations. Le projet d’orientation se construit en tenant compte des envies et des possibilités des jeunes. L’utilisation de Folios est fortement encouragée. Cet outil de suivi permet, en effet, de se constituer progressivement un portefeuille de compétences afin de recenser tous ses acquis et de les mettre en valeur.

À chaque étape, il faut prendre en considération les limitations objectives induites par la situation de handicap et s’assurer que les établissements sélectionnés par l’élève conviennent en matière d’accessibilité physique et d’adaptation pédagogique. Autant que possible, les équipes du collège et du lycée coopèrent pour faciliter le parcours des jeunes en situation de handicap. En fin de 3e, la procédure d’orientation relève du droit commun, sans exclure aucune filière. Pour l’orientation en voie professionnelle, une visite médicale en cours de 3e est vivement conseillée. Le médecin de l’Éducation nationale, en lien, le cas échéant, avec ses confrères qui accompagnent déjà l’élève, peut faire des recommandations en s’appuyant sur l’expertise des corps d’inspection territoriaux consultés lors de l’orientation. Il informe l’élève et sa famille des éventuelles limitations d’activité. Au lycée professionnel, l’élève peut bénéficier d’un dispositif Ulis en réseau, adossé à un ensemble de formations de niveau CAP ou bac professionnel.

En déployant les AESH au plus près des besoins des élèves, les PIAL (pôles inclusifs d’accompagnement localisés) visent à rendre plus accessibles les activités d’apprentissage, à favoriser la vie sociale et relationnelle et à développer l’autonomie du jeune tout au long de son parcours de formation, jusqu’à son insertion professionnelle.

Faciliter l’insertion professionnelle

Le projet d’orientation et d’insertion professionnelle se construit aussi avec l’aide de partenaires extérieurs, de structures et de dispositifs dédiés, tels ceux mobilisés dans le cadre de l’obligation de formation des 16-18 ans : missions de lutte contre le décrochage scolaire, plateforme Nouvelles Chances, plan "1 jeune 1 solution", dispositifs relais, etc.

De nombreux acteurs interviennent dans le champ du handicap. Certaines académies ont signé des conventions pour développer le tutorat en entreprise et favoriser les stages en milieu professionnel. À condition d’être bien préparés, ces stages sont extrêmement utiles pour approcher les réalités d’un emploi au quotidien. Des chargés de mission école-entreprise issus du monde du travail contribuent à ce que les jeunes affinent leur projet d’orientation professionnelle. Des associations partenaires de l’école complètent ce dispositif.

L’Agefiph (Association de gestion de fonds pour l’insertion des personnes handicapées) et le FIPHFP (Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique) peuvent être sollicités pour faciliter les aménagements dans les parcours en alternance. Ces aides s’adressent aux élèves dont le handicap est reconnu administrativement par la CDAPH ou dont la demande de RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) est en cours.

Pour aller plus loin

Le guide Qualinclus

Guide_Qualinclus_diffusion2_19072018_984947.pdf (education.fr)

Cet outil d’auto-évaluation est mis à la disposition des établissements scolaires pour l’accueil et l’accompagnement des élèves en situation de handicap. La fiche 4, "Sécuriser le parcours de l’élève en situation de handicap", concerne plus particulièrement le parcours d’orientation.

Le livret de parcours inclusif

Le livret de parcours inclusif | CNSA

Copiloté par le ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports et la CNSA (Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie), ce document centralise les informations relatives à l’élève, à son parcours et aux aménagements ou accompagnements mis en place (PPRE, PAI, PPS, Geva-Sco – guide d’évaluation des besoins de compensation en matière de scolarisation –, etc.). Son objectif : simplifier le parcours scolaire des enfants en situation de handicap et des élèves à besoins éducatifs particuliers. En septembre 2021, il a été généralisé à l’ensemble du territoire. Dès la rentrée 2022, les familles pourront le consulter en ligne.

La plateforme Cap école inclusive

Portée par le réseau Canopé, conçue par des enseignants et des experts scientifiques, cette plateforme propose des éléments d’information et une grille d’observation pour cerner les difficultés des élèves, ainsi que des ressources pour aménager et adapter l’enseignement. Initialement destiné aux enseignants, le site est aujourd’hui ouvert à tous les publics.

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